FR - EN
05/01/2026

Parole de Designers Hugo Besnier, Hartis Paris


Pour ce nouvel épisode de Parole de Designer, nous avons eu la chance et le privilège d'interviewer Hugo Besnier, designer et fondateur d’Hartis Paris. Au fil de notre conversation, il lève le voile sur une esthétique forgée entre l’effervescence parisienne et la douceur de Fontainebleau, sous l’œil bienveillant de sa grand-mère qui lui transmet sa passion pour le design et l’artisanat. Après des études en école de commerce et une carrière dans l’équitation, il fonde Hartis et lance sa première collection “Tour de Mains”, qu’il développe en étroite collaboration avec des artisans d’exception.

Bonjour Hugo et merci de nous accorder cet entretien. Pour débuter cet échange, pourriez-vous nous présenter votre parcours ?

”J’ai grandi entre Paris et Fontainebleau, entre architecture haussmannienne, chevaux et chênes centenaires. Ma grand-mère, avec qui je passais beaucoup de temps, avait un vrai sens de la décoration et créait des compositions comme une véritable ensemblière : elle choisissait et chinait chaque objet avec la plus grande délicatesse. Ils devaient être à la fois utiles, confortables et porteurs d’une véritable histoire. Des portes qu’elle s’amusait à dissimuler comme les passages secrets des vieux châteaux aux fleurs de saison qui servaient d’embrasses pour ses rideaux de lin, rien n’était laissé au hasard. C’est à elle que je dois mes premiers souvenirs d’intérieurs. Et aux Sims que j’ai découvert vers l’âge de 11 ans ! Je passais des heures à construire et aménager des maisons, en trichant pour ne jamais avoir aucune limite de budget... En parallèle et jusqu’à mes 18 ans, j’ai monté à cheval à un niveau international. L’équitation est une passion qui m’a enseigné un respect sincère du vivant et des personnes avec qui je collaborais. En me plongeant au cœur de l’artisanat d’exception - sellier, bottier, maréchal-ferrant, elle m’a permis la découverte de la noblesse des matériaux, en particulier le cuir, de l’attention aux détails les plus infimes et l’apprentissage de la persévérance.

En 2018, je décide d’arrêter pour préparer les concours d’école de commerce. Après deux années intenses et formatrices, j’intègre l’école de management de Lyon en 2020. J’y loue mon premier appartement, au 26 place Bellecour, au-dessus de la Fondation Bullukian. Ne voulant pas d’un appartement “étudiant”, et plutôt que d’acheter des meubles standards, je commence à dessiner, fabriquer et chiner chaque pièce de mon intérieur. Deux mois après mon emménagement je reçois la visite de mon mentor de prépa, de passage à Lyon, qui découvre mes toutes jeunes créations : il vient d’acquérir un hôtel particulier à Neuilly-sur-Seine et, une semaine après, me propose de l’aider à le décorer. J’ai accepté immédiatement... Cette opportunité incroyable m’a permis de créer Hartis, de dessiner ma première collection de mobilier et de collaborer avec plusieurs ateliers français d’excellence. La maison s’est alors rapidement développée, s’est exportée d’abord aux États-Unis, puis en Europe et en Inde, avant d’ouvrir cet octobre 2025 son premier appartement d’exposition où sont présentées une trentaine de pièces de la collection Tour de Mains.”

Pourriez-vous nous présenter votre collection de mobilier “Carrelet” ?

”Je voulais pour la collection Tour de Mains un ensemble fauteuil et canapé particulièrement confortable, chaleureux et convivial. Lorsque j’ai commencé à les dessiner j’avais en tête le souvenir d’une nounou de mon enfance, Roberte, une femme puissante mais très douce, aux formes généreuses, rassurantes et enveloppantes, qu’on avait toujours envie de câliner. Elle me fait penser aujourd’hui aux Nanas de Niki de Saint Phalle.

Il y a toujours sur chacune de mes pièces une touche de bois. Dans ces deux pièces entièrement tapissées j’ai voulu en conserver le souvenir en leur ajoutant une traverse sous la rondeur de l’assise. Et puis je dessine toujours en plusieurs fois. J’ajuste, je modifie, je reviens. Il me manquait encore quelque chose sur le dos. J’ai pensé à une chaise de la talentueuse Charlotte Kingsnorth avec ses 4 gros pieds asymétriques, au Polar Bear de Jean Royère... et je les ai dotés de quatre pieds asymétriques, comme une paire de fesses dodues.”

Le nom de votre collection a-t-elle une signification particulière ou une symbolique qui vous tient à cœur ?

”Tour de Mains est avant tout un hommage à la main qui fabrique. La collection célèbre le geste, la transmission, la précision d’un savoir-faire qui traverse les frontières et les époques. C’est la main qui transforme une idée en objet, un dessin en présence. C’est cette émotion qui naît lorsque la matière commence à prendre forme sous les doigts d’un artisan.

Et bien sûr, cet hommage résonne particulièrement en France, puisque chaque région est porteuse d’un patrimoine exceptionnel, transmis par des artisans, compagnons et maisons familiales où le temps se mesure au rythme du travail. Hartis s’inscrit pleinement dans cette continuité puisque toutes nos pièces sont réalisées par les meilleurs ateliers, qui perpétuent des gestes rares avec une exigence extraordinaire. Cette excellence est le fruit de générations d’hommes et de femmes passionnés qui ont choisi de faire du beau avec leurs mains.

Dans cette idée, chaque pièce de Tour de Mains porte le nom d’une technique ou d’un outil d’artisan, comme une manière de rendre visible ce qui d’habitude reste en coulisses. Le fauteuil et le canapé Carrelet en sont l’exemple parfait : le carrelet, cette aiguille courbe qui a permis de réaliser des coutures invisibles, de coudre à la main le tissu de leurs dos, tout en épousant parfaitement la forme des fentes.”

Quelles sont vos sources d’inspiration au quotidien pour vos créations ? (environnement, voyages, expériences personnelles…)

”Je suis inspiré par cette tension fertile entre l’architecture et le vivant : la rigueur des lignes, des proportions, de la construction, qui rencontre les courbes, les accidents heureux, les textures imprévisibles de la nature. L’architecture est pour moi l’ordre, la colonne vertébrale, la promesse de solidité ; le vivant en est l’inverse complémentaire - la poésie, l’émotion, la part sensible qui adoucit et humanise l’objet. Ce dialogue m’accompagne depuis l’enfance et se nourrit aussi de mes voyages : la spiritualité des formes au Japon, l’organique foisonnant de la Thaïlande ou du Vietnam, la modernité assumée de Séoul, la monumentalité des paysages américains, la lumière minérale d’Athènes. Partout, j’observe comment un lieu respire, comment les gens habitent l’espace, comment la matière vieillit. Ces expériences nourrissent mon goût pour les matériaux “vrais” - le bois, la pierre, le cuir, le verre, qui racontent le temps et acceptent la marque de la main. Enfin, tout part des gestes essentiels : s’attabler, s’appuyer, se reposer. Le design doit servir la vie, accueillir le corps confortablement et chaleureusement sans jamais imposer la peur d’abîmer. Je refuse à la fois le décoratif gratuit et le fonctionnel brutal : mes pièces doivent être délicates et robustes, précises et vibrantes. C’est dans cet équilibre, entre force et douceur, structure et organicité, maîtrise et liberté, que naît un design qui ne doit pas être seulement regardé, mais véritablement éprouvé.”

Quel lien entretenez-vous aujourd’hui avec les artisans d’art ?

”Ils donnent à mes dessins un poids, une matière, une vie. C’est un dialogue permanent entre leur expertise et mon intention. Nous avançons ensemble, à chaque étape, en questionnant la matière, en se basant sur leur connaissance intime des matériaux. Cette intelligence du geste nourrit mon travail. Je suis admiratif de ces métiers qui se transmettent, qui façonnent ce patrimoine vivant. Et je suis heureux de pouvoir contribuer, à mon échelle, à leur rayonnement dans le monde.

En France, nous avons la chance immense d’avoir ces artisans d’art qui perpétuent des savoir- faire d’exception. Chaque objet Hartis est le résultat d’une conversation avec eux. Car ils sont aussi force de proposition, ils sont capables de développer de nouvelles techniques pour explorer de nouvelles finitions que seuls eux peuvent parfaitement connaître et maîtriser.”

Comment s’est déroulée votre collaboration avec nos ateliers tout au long du processus de conception et de réalisation ?

”Tout était très facile. Il y a un an j’ai envoyé mes premiers dessins pour les faire chiffrer. Puis nous nous sommes rapidement plongés dans des études plus poussées. Après avoir dégrossi le travail avec l’équipe design et après réception des premiers modèles 3D, nous avons convenu d’un rendez-vous physique, dans une des salles de réunion des ateliers lyonnais pour discuter et ajuster en temps réel, sur grand écran, les modèles Carrelet. Quelle efficacité ! J’ai ensuite validé les plans puis a débuté la fabrication. Après quelques semaines je suis retourné aux ateliers pour voir l’évolution et tester l’assise des pièces. Nous avons procédé à quelques ajustements puis j’ai reçu, quelques semaines plus tard, un premier fauteuil et canapé, d’un confort sans pareil.

Je dois dire que je suis extrêmement sensible et attentif à l’énergie, à la relation humaine qui se dégage d’un premier échange. Je suis aussi impressionné de voir combien Charles et Romain réussissent à insuffler cet esprit familial et cette merveilleuse énergie dans l’ensemble des ateliers. Chaque interaction avec les équipes est toujours un réel plaisir - je sais, avant même de décrocher mon téléphone pour parler d’un nouveau projet, que tout sera aussi chaleureux, convivial et productif.”

Vous avez choisi d’organiser le vernissage de votre exposition dans un légendaire appartement parisien situé quai Anatole. En quoi ce lieu incarne-t-il l’esprit de votre collection ?

”Je passe devant la grande verrière de cet appartement depuis l’enfance, quand je longeais la Seine avec ma grand-mère. Il m’a toujours fait rêver. Il n’y a pas une fois où mon regard ne se posait dessus. Lorsque j’ai fondé Hartis début 2020, je continuais de passer devant régulièrement en le regardant avec le même émerveillement, et en me disant "un jour j’y installerai mes pièces”.

L’année dernière, en cherchant un espace parisien pour présenter la collection, j’ai fait appel à Barnes. Je voulais un endroit exceptionnel avec une histoire, une âme, une architecture, une vue qui n’avaient rien de classiques. En juin, leur équipe m’a présenté les photos d’un appartement... et j’ai tout de suite reconnu la verrière ! Je ne pouvais pas y croire. Rien n’était encore gagné, mais j’ai su d’emblée que ce serait celui-ci. L’émotion de la première visite ne me quitte pas. Une évidence, je ne pouvais pas rêver mieux : le terrazzo qui domine la Seine et qui rappelle Venise, la vue qui va de la Concorde au Louvre, le ballet des bateaux-mouches, ce bâtiment du 19ème siècle, chargé d’histoire...Tout y résonnait.

Ce lieu incarne Paris et l’ailleurs, l’histoire et le rêve. Il représente l’intemporalité que je cherche dans mes créations. C’est un cadre qui me permet de présenter la collection Tour de Mains non pas comme une succession d’objets impersonnels mais bien plutôt comme un art de vivre, une manière d’habiter l’espace. C’est une pause, une respiration dans le mouvement du monde où le mobilier devient un habitant du lieu. Les pièces y trouvent naturellement leur place. On peut les toucher, s’y asseoir, les imaginer dans la vie quotidienne.”

Pour finir, pourriez-vous nous partager une ligne directrice ou votre devise personnelle qui guide votre démarche créative au quotidien ?

”La main qui façonne, la noblesse des matériaux et la convivialité sont certainement des fondamentaux. Je veux concevoir des objets pleins de chaleur, qui protègent et qui rassemblent. Qui portent l’âme de ceux qui les font et la vie de ceux qui les éprouvent. Des meubles qui accueillent les gestes essentiels - s’attabler, s’appuyer, se reposer. Des pièces à vivre, confortables, que l’on peut utiliser sans réfléchir, sans craindre de les abîmer. Hartis propose un art de vivre qui réchauffe et rapproche.”

© Photos Jean-François Jaussaud & Matthieu Salvaing

La galerie

+

Ce site utilise des cookies afin d'améliorer votre expérience de navigation. En savoir plus
svg-square needle-backsvg-square epv